A propos2018-09-12T10:57:18+00:00

Le Patrimoine Créatif

Les quelques milliers de planches qu’abrite l’Office National de l’Artisanat Tunisien, réalisées depuis les débuts du siècle dernier sous la direction d’éminents ethnographes, constituent une mémoire précieuse, et même une sorte d’états des lieux, des produits de l’artisanat en Tunisie. En tant que tels, ils nous renseignent sur l’évolution de ce secteur, notamment sur le plan de l’évolution de la production artisanale. Une simple comparaison entre les contenus de ces planches, et le présent de l’artisanat, aide à évaluer la régression que le secteur a enregistrée, tout au moins pendant les quatre dernières décennies. Il ne fait pas de doute, cependant, que ces planches représentent un fonds inestimable de savoir-faire artistique. Aussi mesure-t-on la valeur didactique de cette source abondante d’inspiration créative.

Ce fonds d’archives artisanales peut être abordé, exploité, de différentes manières. L’orientation ici est, au-delà de la numérisation des planches, pour rendre leur usage accessible au large public, de déconstruire, partiellement, le contenu graphique de la planche, aux fins de rendre les éléments des compositions décoratives plus visibles. Comme dans tout art artisanal, la répétition est de mise, ces éléments sont la plupart du temps des variantes (versions) du même. On retrouvera, pour ainsi dire les mêmes couleurs (vert, jaune, rouge, bleu) comme on trouvera des figurantes distinctes du même motif qui prouvent que l’artisan-artiste est animé par une volonté créative l’incitant à ne pas se répéter.

Ce site n’a traité que de la céramique tunisienne. Il met en évidence que celle-ci a mis en scène, en matière décorative, des registres renvoyant essentiellement à la nature, comme les registres floral, végétal, animalier, cosmique. Si dans la plupart des cas, le motif est porteur d’une signification symbolique, cela ne veut pas dire que cela s’applique à tout motif. Les quelques sens symboliques proposés sont suggestifs. La mémoire collective ne semble pas en avoir gardé le sens des motifs, sauf probablement pour les motifs renvoyant aux éléments du cosmos, ou ces motifs géométriques qui ont largement enrichi la palette des arabesques — à ne pas oublier le point (.) qui génère la ligne droite, ondulée, en spirale…, et le cercle !

Bref, nous avons ici un Corpus des motifs, des signes et symboles, puisé dans « les planches de la céramique ». Outre que ces éléments représentent une richesse graphique et artistique traduisant les compétences artistiques des artisans-artistes, des dessinateurs et graphistes, femmes et hommes, de Tunisie, il semble qu’ils constituent aussi un fonds commun, un corpus commun, dont on retrouve les éléments sur les différents supports de l’artisanat (bois, céramique, cuivre, tissage, orfèvrerie, broderie, fer, cuivre, etc.). Le développement de cette base numérique, englobant les autres planches et d’autres témoins représentatifs de l’artisanat (comme, entre autres, le verre soufflé ou les peintures sous verre, les figures murales, les tatouages dont la peau humaine est depuis des âges lointains le support idoine), fournira, au bonheur des designers un trésor intarissable.

Rendant ici hommage à l’artisane exceptionnelle de Teskraya, celle qui a porté incisé dans sa peau le signe-symbole du mythe de l’éternel retour : Deux triangles s’opposant par les sommets à l’interstice d’une ligne droite qui indique le temps infini. Le voici ce motif, appelé « Yidû fî yid khûh » que l’on retrouve sur tous les supports de l’artisanat, surtout le tissé et la poterie, et même sur les pierres tombales qu’abrite le musée archéologique de Bulla Régia. Il n’est pas différent de cet autre motif, dit « danse du derviche tourneur » !

Voici donc un monde qui ne cessera de nous émerveiller !